×

Experimental Roma

Escapade • 18 octobre 2026

Ouvert début octobre 2026 dans une ancienne banque du quartier de la Via Veneto, Experimental Roma dévoile 82 chambres et suites imaginées par Rodolphe Parente. Pour cette nouvelle adresse, le groupe français réunit une table signée Giovanni Passerini, un Experimental Cocktail Club et un rooftop avec piscine ouvert sur les toits de la capitale italienne.

À Rome, octobre a parfois les douceurs d’un été qui s’attarde. Le ciel reste bleu, les terrasses se remplissent et les déjeuners prennent volontiers leur temps. C’est dans cette lumière que nous avons découvert Experimental Roma, avant d’en retrouver, le soir, une tout autre facette : celle d’un lieu où le plaisir de recevoir se prolonge autour d’un cocktail, porté par la musique. Entre ces deux atmosphères, un même esprit traverse l’hôtel, libre, élégant et déjà pleinement inscrit dans la vie romaine.

L’histoire commence à Paris, en 2007, lorsque trois amis d’enfance, Olivier Bon, Pierre-Charles Cros et Romée de Goriainoff, fondent Experimental, bientôt rejoints par Xavier Padovani. Le cocktail est leur premier terrain d’expression. Viendront ensuite les restaurants, les bars à vin et, à partir de 2015, les hôtels, avec ce goût constant pour les lieux où l’on se sent aussi bien de passage que pour une soirée entière. Leur arrivée dans la capitale italienne poursuit cette histoire à une adresse dont les différents espaces donnent autant de raisons de franchir la porte.

Dans une ancienne banque du quartier de la Via Veneto, Rodolphe Parente signe une interprétation personnelle de l’élégance italienne. L’architecte d’intérieur français en explore les matières, les références et les contrastes, avec une sensibilité qui laisse toute sa place à la fantaisie. Dès le lobby, un escalier sculptural capte le regard. Les textures se superposent, les surfaces accrochent la lumière et les perspectives ménagent un passage progressif de l’agitation de la ville à une atmosphère plus intime.

Les références à Gio Ponti, Carlo Scarpa et Luigi Caccia Dominioni nourrissent cette composition, traversée d’accents plus inattendus. Les tubes chromés, les reflets disco et les moquettes ponctuées de lurex introduisent une humeur seventies dans ce décor d’une grande richesse matérielle. Le marbre rencontre l’inox plié, les tons de terre cuite vibrent près du métal brillant, le bois apporte sa chaleur. Parente joue de ces rapprochements pour donner au lieu une personnalité expressive, où chaque détail participe à l’ensemble sans en effacer les surprises.

La visite de quelques unes des 82 chambres et suites permet de découvrir deux écritures distinctes. La première déploie une Rome théâtrale et sensuelle. La lumière, filtrée par des volets intérieurs, révèle de grands volumes colorés et des têtes de lit spectaculaires, dessinées comme des drapés antiques. L’inspiration de la Villa Médicis s’y mêle à une liberté décorative héritée des années 1970. Les vasques colorées et les détails vibrants prolongent cet univers, qui assume le plaisir de la couleur et une certaine opulence.

La seconde privilégie une atmosphère plus épurée, presque futuriste. Aux patines minérales répondent des plafonds laqués en bichromie et des têtes de lit en inox strié, dont la présence évoque une sculpture. Les références artistiques font écho aux univers de Cy Twombly et de Christo, ainsi qu’aux recherches de la Galleria Ugo Ferranti et de la galerie Yvon Lambert, qui ont nourri l’approche de Rodolphe Parente. Le regard s’attarde davantage sur les lignes, les surfaces et la manière dont elles retiennent la lumière. Dans les salles de bains, la rencontre du bois et de la pierre poursuit ce travail de contrastes, avec des éléments dessinés sur mesure.

À table, Experimental Roma ouvre un chapitre particulièrement personnel pour Giovanni Passerini. Romain de naissance, installé à Paris depuis plus de vingt ans, le chef retrouve sa ville natale auréolé du succès construit dans la capitale française. Au restaurant Ludovisi e Cadore, situé à la rencontre des deux rues dont il porte le nom, il signe pour la première fois une carte dans sa ville d’origine. Notre échange avec lui donne à ce retour aux sources une résonance particulière : les saveurs romaines y retrouvent le regard d’un cuisinier dont le parcours parisien a enrichi le vocabulaire.

La carte fait ainsi circuler les influences entre les deux capitales. Les pâtes, les sauces et les jus en constituent des points d’ancrage, avec une attention portée aux cuissons, aux légumes de saison et aux nuances d’amertume. Les tonnarelli cacio e pepe s’accompagnent de truffe noire, tandis que les ravioli aux herbes et à la ricotta rencontrent la sauge et le beurre de Normandie. Les pièces de viande à partager prolongent une conception généreuse de la table. Les références sont familières, les associations personnelles, dans une cuisine pensée pour réunir les Romains et ceux qui viennent découvrir leur ville.

Le soir, le restaurant prend toute sa dimension dans une atmosphère tamisée et chic. La cuisine ouverte lui apporte son mouvement, ses gestes et son animation, tandis que la salle invite à prolonger les conversations. Cette présence de la cuisine inscrit le dîner dans un lieu vivant, où l’on vient autant pour l’assiette que pour le plaisir de se retrouver.

Sur le rooftop, l’expérience se déploie sous un autre jour. Son bar et sa terrasse, où l’on peut également déjeuner, s’ouvrent sur le ciel romain et les pins parasols. La piscine complète ce paysage en hauteur, avec Rome pour horizon. C’est ici que nous nous sommes installés pour profiter des ottobrate romane, ces belles journées d’octobre dont la capitale italienne a le secret. Sous un ciel radieux, le déjeuner prend des airs d’été prolongé. On s’attarde, on regarde la ville, on profite de cette douceur qui rend les premières semaines de l’automne si particulières à Rome.

Au rez-de-chaussée, l’Experimental Cocktail Club possède son propre décor et son propre rythme. Ouvert le soir, le bar de l’hôtel retrouve l’esprit qui a fait connaître Experimental : des cocktails travaillés, une atmosphère enveloppante et ce sens de la fête qui donne envie de rester. Les banquettes, les tentures matelassées et les poutres apparentes composent un cadre cinématographique, dont nous avons aimé l’allure de speakeasy moderne.

La carte y explore des associations qui font dialoguer références italiennes et influences venues d’ailleurs. Le Nannarella mêle vodka, mastiha, pomme, roquette et menthe dans un registre végétal ; le Ginja associe gin, liqueur de cerise, rose et feuille de figuier. Le Number 13 réunit mezcal, xérès amontillado et shochu, avec un travail de texture autour du beurre et du miso. Les classiques de la maison trouvent également leur place, de l’Experience No. 1 au basilic et à la citronnelle au Soixante-Quinze, composé de cognac, de champagne et de citron. Les créations sans alcool rendent hommage aux quartiers romains de Garbatella, Parioli et Pigneto, avec la même attention aux assemblages.

Quelques assiettes permettent d’accompagner les verres : huîtres Gillardeau et vinaigrette aux algues et à l’échalote, tramezzini, morue frite ou supplì à la tomate, au basilic et à la mozzarella. Mais ce soir-là, c’est aussi la musique qui nous a retenus. Venus prendre un drink, nous nous sommes laissé gagner par une ambiance endiablée, jusqu’à nous déhancher. Le décor conserve son intimité, la soirée prend de l’élan et l’on comprend très vite que ce bar a tout pour devenir un rendez-vous des nuits romaines.

De la terrasse ensoleillée au Cocktail Club, des chambres de Rodolphe Parente à la table de Giovanni Passerini, Experimental Roma déploie des atmosphères distinctes qui se répondent au fil de la journée. Nous en sommes repartis conquis, avec l’envie d’y revenir aussi bien pour un déjeuner sous le ciel de Rome que pour un dîner ou un dernier verre. La saison ne fait que commencer, et l’adresse a déjà tout pour en devenir la plus cool de la ville.

Crédit Photos : Giulio Ghirardi

  Continuer la lecture