Pour rejoindre Villa La Madonna, il faut quitter les grands axes et suivre les routes qui serpentent à travers les collines du Piémont. À mesure que l’on approche de Monastero Bormida, les villages se font plus espacés, les vignes recouvrent le paysage et le temps semble adopter un rythme différent. La maison apparaît au bout de ce chemin, posée au milieu de son vignoble avec une simplicité qui contraste avec les codes parfois trop démonstratifs de l’hôtellerie de campagne italienne.

Villa La Madonna appartient aux sœurs suédoises Marie et Annica Eklund, également à la tête de la maison de design Bolon. Leur histoire avec le lieu commence au début des années 2000, bien avant qu’elles ne décident de l’acquérir en 2015 et de lui offrir une nouvelle vie. Ouverte aux voyageurs l’année suivante, la villa demeure avant tout un projet familial et sentimental, né d’un attachement au Piémont, à sa cuisine et à cette élégance quotidienne qui ne cherche jamais à se faire remarquer.



Cette double culture constitue aujourd’hui l’identité de la maison. La chaleur italienne s’y mêle à une sensibilité scandinave perceptible dans les couleurs, les matières et la manière d’organiser les espaces. Pourtant, rien ne semble avoir été conçu pour produire l’image parfaite d’un boutique-hôtel. Le mobilier dialogue avec des pièces chinées sur les marchés locaux, les sols en pierre ont été conservés et une nuance de vert, devenue la signature de Villa La Madonna, revient d’une chambre à l’autre comme un écho au paysage.

Les dix-sept chambres possèdent chacune leur propre personnalité. Toutes s’ouvrent sur un balcon ou une terrasse donnant sur le vignoble, les jardins ou la vallée de la Bormida. Les photographies exposées dans les chambres ont été réalisées sur place par Annica Eklund, ajoutant au décor une strate plus intime : le regard de la propriétaire sur le lieu qu’elle a choisi de partager. Quelques détails venus de Suède, notamment les lits Hästens, côtoient des produits Diptyque et des objets dénichés dans la région, sans jamais effacer l’ancrage piémontais de la maison.


Mais le véritable cœur de Villa La Madonna se trouve à l’extérieur des chambres. La piazza devient au fil de la journée le théâtre discret de la vie de la maison. On y prend un café le matin, on s’installe à l’ombre avec un livre, on joue aux cartes après le déjeuner ou l’on attend l’heure de l’aperitivo avec un verre de Spumante. Plus qu’un espace de passage, elle permet aux hôtes de se rencontrer sans que rien ne semble avoir été organisé pour les y contraindre.



Cette simplicité se retrouve dans la cuisine de Valerica Borcea, affectueusement surnommée La Mamma. À la tête du restaurant, elle s’appuie sur la tradition familiale italienne et l’agriculture piémontaise pour composer une cuisine généreuse, entièrement tournée vers le produit et les saisons. Vitello tonnato, peperone ripieno et agnolotti al plin rappellent les fondamentaux de la région, tandis que pâtes fraîches, pains, sauces et desserts sont préparés sur place. La sophistication se trouve dans le soin apporté aux choses simples plutôt que dans leur transformation.
Sous la maison, une cave du XVIIe siècle conserve plus de cinq cents références. Au milieu des bouteilles et des bougies, une grande table de marbre permet d’organiser des dîners privés pour quelques convives seulement. Là encore, l’expérience ne repose pas sur une accumulation d’effets, mais sur un rapport presque domestique à la table : partager les plats, écouter le sommelier raconter le territoire et laisser la soirée s’étirer.

Si Villa La Madonna vit au rythme de la campagne toute l’année, l’automne lui apporte une intensité particulière. De la mi-septembre au début du mois d’octobre, les vendanges animent les vignes qui entourent la propriété. Puis vient la saison de la truffe blanche d’Alba, recherchée dans les bois du Piémont en octobre et novembre. Le paysage se colore d’or et de cuivre, la lumière devient plus douce et les soirées quittent progressivement la piazza pour se prolonger dans la salle à manger ou parmi les bouteilles de la cave.


Villa La Madonna ne cherche pas à reproduire une idée fantasmée de la vie italienne. Elle raconte plutôt la façon dont Marie et Annica Eklund l’ont regardée, comprise puis faite leur. Une interprétation sensible, nourrie par leurs origines suédoises mais suffisamment respectueuse du Piémont pour en laisser apparaître le caractère. À l’automne, lorsque les vignes changent de couleur et que la brume descend sur la vallée de la Bormida, la maison donne moins l’impression d’accueillir ses hôtes que de les inviter, pour quelques jours, à rejoindre la famille.

C’est à cette période que la promesse de casual luxury revendiquée par la maison prend tout son sens. Le luxe n’est ni cérémoniel ni particulièrement ostentatoire. Il réside dans la possibilité de ne rien prévoir, de choisir entre une promenade dans les vignes, une séance de yoga face à la vallée, un massage ou quelques heures passées avec un livre. Il se glisse dans un plat de pâtes fraîches, un verre servi au bon moment ou une conversation qui se prolonge après le dîner.