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Le Magnifique, le Paris rêvé de Vincent Darré

Escapade • 1 septembre 2026

En cette rentrée 2026, la rive gauche parisienne retrouve un peu de sa fantaisie avec l’ouverture du Magnifique. Dans la rue de la Gaîté, ce nouvel hôtel imaginé par Vincent Darré célèbre le Montparnasse des artistes et le Paris du spectacle à travers un univers théâtral, excentrique et délicieusement affranchi des conventions.

Il fallait sans doute le regard de Vincent Darré pour réveiller l’esprit de la rue de la Gaîté sans céder à la nostalgie. Dans cette artère du 14e arrondissement, longtemps associée aux théâtres, aux cabarets et aux nuits de Montparnasse, Le Magnifique s’installe comme une nouvelle scène parisienne. Plus qu’un simple décor, l’hôtel revendique un imaginaire complet : celui d’une rive gauche artistique, libre et volontiers extravagante.

Le projet naît en 2024 de la rencontre entre Jacques Blanc et Vincent Darré. Déjà propriétaire du Bellechasse, habillé par Christian Lacroix, l’hôtelier souhaite ici s’éloigner des codes traditionnels et créer un lieu capable de surprendre. L’entente avec le décorateur est immédiate. Les premières esquisses élargissent rapidement l’ambition initiale, jusqu’à faire apparaître une piscine dans le programme. Jacques Blanc laisse alors à Vincent Darré la liberté de déployer son univers, fait de références savantes, d’humour et de télescopages inattendus.

L’adresse elle-même appelait cette théâtralité. Le Magnifique occupe l’emplacement des Mille Colonnes, ancien théâtre du début du XIXe siècle dont la façade conserve la mémoire. À quelques pas de Bobino, du théâtre de la Gaîté-Montparnasse et de la Comédie-Italienne, l’hôtel cherche à renouer avec une époque où artistes, écrivains et noctambules se retrouvaient naturellement sur la rive gauche. Vincent Darré connaît intimement ce territoire : né dans le 14e arrondissement et resté fidèle à la rive gauche, il glisse dans le projet une part de son enfance et de sa propre mythologie parisienne.

Dès l’entrée, l’hôtel donne le ton. Les colonnes de l’ancien théâtre sont réinterprétées dans un hommage croisé à celles de La Coupole et à l’ancien drugstore de Saint-Germain-des-Prés, dont les décors fantaisistes avaient marqué le jeune Vincent Darré. Une vaste fresque peinte à la main convoque les arts du spectacle et l’univers du cirque, tandis que des oiseaux en plâtre blanc semblent prendre leur envol au-dessus des visiteurs. À la réception, de vieilles clés chinées rappellent les hôtels d’autrefois ; plus loin, les rampes d’escalier se lisent comme des partitions musicales. Rien n’est littéral, mais chaque détail compose un fragment de récit.

Cette mise en scène conduit jusqu’au cœur de l’hôtel, où se dévoile une piscine entourée de colonnes. Ses mosaïques empruntent à la mythologie et se prolongent vers un patio pensé comme un palais grec, à mi-chemin entre jardin et Méditerranée. L’ensemble apporte une dimension presque irréelle au lieu, comme si Paris s’effaçait momentanément derrière une vision rêvée de l’Antiquité.

Le bar Le Picabia poursuit le voyage. Son nom rend hommage au peintre Francis Picabia, tandis que ses boiseries et ses rangées d’ampoules évoquent les foyers et les buvettes des théâtres d’hier. Mais le lieu ne veut pas rester figé dans le passé. Connecté aux salles voisines, il en affichera les horaires et fera retentir une cloche à l’ouverture des portes comme à la fin des entractes. Spectateurs, artistes, habitants du quartier et voyageurs pourront s’y retrouver avant ou après une représentation. La présence d’un piano à queue laisse également imaginer des moments plus spontanés, lorsque le bar deviendra lui-même une scène.

La carte prolonge naturellement ce vocabulaire théâtral. Les cocktails classiques, du Spritz au Manhattan en passant par le Negroni Sbagliato et l’Old Fashioned, côtoient bières parisiennes, vins et champagnes dans des rubriques baptisées « Les Intemporels », « Coup de théâtre » ou « La Belle Distribution ». Pour accompagner un verre, « Les Petites Scènes » réunissent planches de charcuteries et de fromages, terrine de volaille au foie gras et quelques assiettes chaudes, parmi lesquelles un parmentier de bœuf confit ou un risotto de coquillettes à la truffe. Jusqu’aux desserts, présentés comme « Nos Fins Heureuses », Le Picabia cultive ainsi son rôle de foyer gourmand, avant le lever de rideau comme après le salut final.

Le voyage se poursuit verticalement. Dans l’ascenseur vitré, sirènes, hippocampes et étoiles de mer annoncent les cinq étages et leurs univers successifs. Jardin d’Éden, mythologie, abysses, Art nouveau, voie lactée ou figures légendaires du Paris artistique : les références se succèdent comme les actes d’une pièce. Les 62 chambres sont toutes singulières. Vincent Darré en a dessiné le mobilier, les luminaires, les faïences, les moquettes et les toiles tendues, donnant à chacune sa propre identité sans rompre le fil narratif de l’ensemble.

Le Magnifique ne cherche donc ni la neutralité rassurante ni le luxe standardisé. Son nom, inspiré par le M de Montparnasse autant que par un certain imaginaire de la Nouvelle Vague, annonce une adresse de caractère, nourrie par les arts décoratifs français et la liberté créative de ceux qui ont façonné le quartier. À rebours d’un Paris devenu parfois trop sage, l’hôtel remet en scène une capitale fantasque, cultivée et nocturne. Une façon, peut-être, de rappeler que la rive gauche sait encore faire son cinéma.

Le Magnifique
20 bis, rue de la Gaîté
75014 Paris

Crédits Visuels Christophe Bielsa

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