Tandis que New York s’apprête à donner le coup d’envoi de sa Fashion Week, Victoria Beckham prend ses quartiers au 150 Mercer Street, au cœur de SoHo. Un retour aux sources pour la créatrice, qui avait présenté sa toute première collection dans la ville en 2008, dans une suite du Waldorf Astoria. Dix-huit ans plus tard, elle y installe un flagship dont l’architecture postindustrielle offre un contrepoint idéal à l’élégance très contrôlée de la maison.

Deuxième boutique permanente de la marque après celle de Dover Street à Londres, inaugurée en 2014 et dessinée par l’architecte Farshid Moussavi, cette nouvelle adresse américaine en reprend certains codes sans chercher à les reproduire. Victoria Beckham en a confié la conception à l’artiste et directeur créatif Alexander May ainsi qu’au designer Ole Lund, fondateur du studio new-yorkais LNP. Ensemble, ils ont imaginé une interprétation plus chaleureuse, plus tactile et presque domestique de son esthétique.
Le caractère originel du bâtiment a été préservé, notamment son plafond et ses volumes aux proportions généreuses. Dès l’entrée, une lanterne Fontana Arte dessinée par Gio Ponti dans les années 1930 surplombe l’escalier et donne immédiatement le ton : celui d’un luxe cultivé, nourri de références au design italien et débarrassé de toute ostentation.

La palette minérale des peintures Farrow & Ball associe des tonalités sourdes à un bordeaux profond. Le bois, le marbre clair et le marbre veiné de blanc composent une succession de surfaces franches, adoucies par des finitions laquées et des matières plus enveloppantes. Deux comptoirs monolithiques en marbre structurent notamment l’espace et accueillent les accessoires ainsi que la ligne Victoria Beckham Beauty.
Les rideaux et tentures de velours réalisés avec The Shade Store habillent l’entrée de nuances minérales, tandis que des canapés sculpturaux aux lignes courbes, dessinés sur mesure par la maison française Pierre Augustin Rose, introduisent une sensualité presque résidentielle. Des portants en laiton façonnés à la main complètent ce vocabulaire précieux, pensé pour mettre les vêtements en scène sans transformer la boutique en galerie impersonnelle.


Parmi les principales inspirations du projet figure Tamara de Lempicka. L’univers Art déco de la peintre polonaise, ses compositions graphiques et ses figures féminines à la fois puissantes et sensuelles avaient déjà nourri la collection automne-hiver 2026 de Victoria Beckham. À New York, cette influence se retrouve dans les surfaces laquées, les contrastes de matières et la tension permanente entre rigueur masculine et douceur féminine — une dualité qui traverse depuis longtemps les collections de la créatrice.
Victoria Beckham décrit d’ailleurs la boutique comme une « maison loin de chez elle ». L’expression résume bien un projet qui préfère l’intimité au spectaculaire : les pièces ne sont pas simplement exposées, mais intégrées à un décor dans lequel mobilier, lumière et textiles participent pleinement à l’expérience.
La boutique présente la collection en cours, accompagnée d’une sélection des silhouettes iconiques de la maison. Le prêt-à-porter côtoie les accessoires, les chaussures et les lunettes, avec une attention particulière portée au nouveau Sloane Frame Bag et aux mules Harlow, devenues l’une des signatures de la marque. Les parfums et l’ensemble de l’univers Victoria Beckham Beauty complètent cette immersion, réunissant sous un même toit les différentes expressions de la maison.

Cette ouverture intervient au meilleur moment pour Victoria Beckham Holdings. Après des années de pertes largement commentées, le groupe a atteint pour la première fois la rentabilité opérationnelle en 2025. Son chiffre d’affaires a progressé de 15 %, à 129,8 millions de livres sterling, tandis que le bénéfice opérationnel s’est établi à 7,3 millions de livres, contre une perte de 1,6 million l’année précédente. La beauté représente désormais près des deux tiers de l’activité, portée notamment par le succès du Satin Kajal Liner, tandis que la mode poursuit son développement dans les robes, le tailoring, les chaussures et la maroquinerie.
Après une première expérience retail américaine ouverte en mai dernier aux Bal Harbour Shops de Miami, la boutique de Mercer Street affirme ainsi les ambitions internationales d’une maison désormais arrivée à maturité. Victoria Beckham entend néanmoins avancer de manière mesurée, avec peu d’adresses mais des espaces parfaitement maîtrisés. À SoHo, cette stratégie prend la forme d’un écrin sophistiqué, sensuel et personnel — aussi précis qu’une silhouette de la créatrice.
Victoria Beckham New York
150 Mercer Street, New York
Crédit Images : MATT HARRINGTON