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Sextantio, mémoire vive des Abruzzes

Escapade • 7 septembre 2026

Dans les montagnes des Abruzzes, Sextantio fait de l’hospitalité un voyage à travers les paysages, les matières et les traditions de la région. Des chambres dispersées dans un village médiéval, des feux de cheminée, des étoffes tissées à la main et une cuisine inspirée de la mémoire locale composent une expérience profondément singulière.

À Sextantio, les sols ont conservé leurs irrégularités, les fenêtres leurs proportions anciennes et les murs la trace des siècles. La lumière reste douce, les planchers suivent encore les mouvements des maisons et les lits se rapprochent du feu lorsque les soirées deviennent plus fraîches. Chaque détail participe à la sensation d’habiter un lieu façonné lentement par le temps.

Perché à 1 250 mètres d’altitude dans le parc national du Gran Sasso et des Monts de la Laga, Santo Stefano di Sessanio déploie ses maisons de pierre, ses passages voûtés et ses ruelles à l’intérieur des anciens remparts. Quelques portes s’ouvrent sur des chambres, d’autres sur une tisanerie, une cantina, une bottega ou un restaurant. Les rues et les placettes dessinent naturellement les circulations de cet albergo diffuso et font du village tout entier le cadre du séjour.

Cette manière d’habiter Santo Stefano di Sessanio constitue le point de départ de Sextantio. Son fondateur, l’entrepreneur italo-suédois Daniele Kihlgren, s’est attaché à préserver un patrimoine rural fragilisé par l’exode de ses habitants. Il a perçu dans cette architecture vernaculaire, longtemps considérée comme secondaire, la beauté d’une Italie intime et la possibilité de lui offrir une nouvelle vie.

Plus de dix années de recherches, menées notamment avec le Museo delle Genti d’Abruzzo, ont permis de retrouver les matières, les objets et les usages propres à la région. Les photographies réalisées dans les Abruzzes durant les années 1920 par le linguiste suisse Paul Scheuermeier ont servi de fil conducteur à une restauration guidée par la fidélité au lieu.

Les chambres occupent ainsi d’anciennes habitations réparties dans le village. Elles conservent leurs petites ouvertures, leurs murs de pierre et leurs sols en bois ou en terre cuite. Une poutre traverse parfois l’espace ; un escalier conduit à une chambre sous les toits ; une imposante cheminée ronde fait face au lit. Chaque pièce possède sa propre présence, dictée par son histoire et par la manière dont ses anciens habitants l’avaient autrefois conçue.

Sur les structures en fer forgé, les matelas de laine et les couvertures inspirées des motifs traditionnels apportent une chaleur immédiate. Les savons sont réalisés à la main à partir d’huile d’olive et de cire d’abeille, les bougies prennent le relais lorsque le jour décline et les salles de bains contemporaines s’intègrent discrètement derrière les murs anciens. Le confort accompagne l’expérience avec retenue, au service de l’atmosphère.

Le bien-être s’inscrit dans cette même recherche d’intimité. Une salle dédiée accueille massages et soins dans une atmosphère de bougies, d’huiles parfumées et d’infusions, tandis que les espaces historiques du village et les paysages environnants servent de cadre aux séances de yoga, de méditation ou de Pilates.

Fermer une lourde porte de bois, allumer un feu, retrouver la texture d’une couverture filée sur un métier du XIXe siècle ou entendre le vent traverser les ruelles devient alors partie intégrante du voyage. La qualité du séjour repose autant sur ces sensations que sur l’espace et le silence offerts par la montagne.

La cuisine prolonge cette immersion à travers le calendrier agro-pastoral des Abruzzes. Les recherches menées dans la région ont permis de retrouver des recettes longtemps transmises oralement, souvent sans quantités précises. Une cuisine familiale construite autour du geste, de l’intuition et d’un plat partagé au centre de la table.

À la tête de Sextantio Cucina, le chef Dino Como apporte à cet héritage une expression contemporaine. Originaire de Palena et issu d’une famille de restaurateurs, il a travaillé pendant quinze ans aux côtés de Niko Romito, dont dix comme bras droit au restaurant Reale. Deux parcours traduisent aujourd’hui sa vision : Roots, fidèle aux recettes retrouvées avec le Museo delle Genti d’Abruzzo, et Evolution, qui explore plus librement les produits de la montagne.

Le potager, les fruits anciens, les herbes sauvages et les élevages respectueux du rythme naturel des animaux nourrissent une cuisine précise et entièrement reliée au paysage. Ce qui arrive dans l’assiette appartient aux mêmes montagnes, aux mêmes saisons et à la même culture que les maisons accueillant les chambres.

La soirée peut se poursuivre dans la Cantina, inspirée des caves où les familles conservaient autrefois leurs provisions pour traverser l’hiver. Vins, infusions et liqueurs des Abruzzes s’y dégustent devant la cheminée. Dans la Tisaneria, les herbes locales accompagnent les ferratelle préparées dans un ancien fournil par Gianna, également tisserande de la maison.

Son métier à tisser occupe le centre de la Bottega dell’Artigianato domestico, aménagée à la manière d’un intérieur traditionnel. Les étoffes, céramiques, verres et objets du quotidien proposés à la vente sont aussi ceux qui accompagnent le séjour. Chacun prolonge un geste, un usage ou un savoir-faire transmis à travers les générations.

L’automne offre sans doute le décor le plus juste à Sextantio. La montagne retrouve son calme, la lumière se fait plus courte et le froid invite à regagner les maisons de pierre. On marche dans le parc national, on part à la recherche des truffes, puis l’on revient vers la chaleur d’une cheminée, un dîner lent et le silence presque absolu de Santo Stefano di Sessanio.

Sextantio appartient à cette génération d’adresses dont la valeur se révèle dans la profondeur de l’expérience. Une fenêtre étroite cadre la montagne comme un tableau, un sol irrégulier rappelle les vies qui ont précédé la nôtre et une étoffe filée à la main replace le geste humain au centre du décor. Le voyage prend alors une autre dimension : celle d’un séjour capable de nous relier, pour quelques jours, à l’histoire intime d’un territoire.

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